Un marché unique de 1,3 milliard de consommateurs ne sert à rien si les PME qui pourraient en profiter ne sont pas prêtes à y entrer. Le vrai goulot d’étranglement de la ZLECAF n’est pas tarifaire, il est institutionnel.

La Zone de libre-échange continentale africaine promet un marché commun de plus de 1,3 milliard de consommateurs, pour un PIB combiné supérieur à 3 000 milliards de dollars, le plus vaste espace de libre-échange au monde par le nombre de pays participants. Sur le papier, c’est une bascule historique pour toute PME africaine en quête de débouchés au-delà de son marché national.

Dans les faits, le commerce intra-africain reste structurellement faible, autour de 15 % des échanges du continent, loin derrière l’intégration observée en Europe ou en Asie du Sud-Est. Ce n’est pas un problème de tarifs douaniers. Les mécanismes de réduction tarifaire de la ZLECAF avancent, lentement mais sûrement. Le vrai goulot d’étranglement se situe une étape plus tôt : la majorité des PME africaines, et surtout les structures censées les accompagner, n’ont jamais été conçues pour le commerce transfrontalier.

Un guichet d’appui à l’entrepreneuriat construit pour servir un marché national raisonne en clients locaux, en devise unique, en réglementation unique. Le commerce sous ZLECAF exige autre chose : règles d’origine, certification qualité reconnue au-delà des frontières, logistique multi-pays, financement en devises. Ce sont des compétences rarement structurées dans les dispositifs d’accompagnement existants, pas parce qu’elles sont hors de portée, mais parce que personne n’avait encore eu à les intégrer.

Les appels à projets pour sélectionner ou renforcer des structures d’accompagnement aux PME se multiplient actuellement à travers le continent, portés par des bailleurs qui ont bien identifié cet enjeu de compétitivité continentale. Mais sélectionner une structure et financer sa montée en compétences ne suffit pas. La même question que pour tout dispositif d’appui se pose ici avec une acuité particulière : cette structure sera-t-elle encore capable d’accompagner des PME vers l’export une fois le financement du programme retiré ? L’intégration continentale ne se joue pas sur un cycle de projet de deux ans, elle se joue sur une décennie.

Les structures d’accompagnement qui compteront dans cinq ans ne sont pas celles qui auront reçu le plus de financement aujourd’hui. Ce sont celles qui auront été structurées, dès le départ, pour durer au-delà du programme qui les a fait naître.

Sources : Secrétariat de la ZLECAF, données de marché et d’intégration économique 2026 ; Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, Rapport sur l’intégration africaine 2025 (part du commerce intra-africain). Chiffres de commerce intra-africain arrondis à partir de plusieurs estimations convergentes (15-18 % selon les sources et les années de référence).