Le PAR des SFD ne mesure pas des mauvais payeurs. Il mesure l’écart entre le calendrier de remboursement et la réalité des cycles économiques de leurs membres.
Un agriculteur du Bassin arachidier dont 80 % des revenus arrivent en novembre, après la récolte, ne peut pas rembourser mensuellement de juin à octobre sans tension. Un pêcheur artisanal de Mbour dont les sorties en mer dépendent de la houle ne peut pas s’engager sur un calendrier fixe. Une commerçante du marché Tilène dont la trésorerie se renouvelle à la semaine n’a pas le même profil de risque qu’un salarié du secteur formel, même si les deux remplissent le même formulaire de demande de crédit.
Ce n’est pas une observation nouvelle. Les études sur l’inadéquation entre les produits de microfinance et les cycles économiques informels en Afrique subsaharienne se comptent par dizaines. Ce qui est nouveau, c’est que le secteur SFD de la zone UEMOA continue pourtant, massivement, de proposer des produits standardisés, échéances mensuelles fixes, garanties formelles, grilles d’éligibilité calquées sur l’économie salariée, à des populations dont les flux sont saisonniers, irréguliers, et fortement dépendants de variables extérieures au contrôle du bénéficiaire.
Le résultat est lisible dans les portefeuilles. Le PAR30 moyen du secteur SFD sénégalais oscille entre 8 et 11 % selon les années, très au-dessus de la norme prudentielle BCEAO fixée à 5 %. Une partie significative de ces impayés n’est pas le signe d’une mauvaise volonté des emprunteurs, mais d’une inadéquation structurelle entre le produit et la réalité économique du segment servi.
La solution existe et n’est pas révolutionnaire : différés de capital calés sur les périodes de soudure, remboursements hebdomadaires pour les commerces de détail, flexibilité indexée sur les conditions climatiques pour la pêche et l’agriculture, garanties alternatives fondées sur les actifs professionnels ou le capital social communautaire. Ces ajustements ne nécessitent pas une refonte systémique. Ils nécessitent une lecture terrain fine, par segment économique, et la volonté organisationnelle de traduire cette lecture en paramètres produit.
Ce que le secteur SFD sous-exploite le plus n’est pas la technologie, c’est la connaissance. Les agents de crédit qui travaillent depuis dix ans dans les mêmes marchés savent exactement quand les revenus arrivent, quels chocs sont prévisibles, quelles garanties informelles fonctionnent réellement. Cette connaissance est tacite, non structurée, et s’évapore quand l’agent part. La structurer, la formaliser, et la traduire en politique de crédit : c’est là que se joue la prochaine étape de l’inclusion financière réelle en zone UEMOA.
Données PAR : rapport annuel de la Direction de la Réglementation et de la Supervision des SFD (DRS-SFD), Sénégal, 2024. Données sur les cycles économiques : diagnostic terrain mené par REZYNE auprès de SFD partenaires, zones Thiès, Kaolack et Dakar-Banlieue, 2025-2026.

